APRÈS LA FIN DU MONDE…

Le 21 décembre 2012 est passé et, perso, je me sens bien vivant et surtout bon vivant. J’ai déjà déboutonné ma chemise et desserré ma cravate, j’ai trop mangé. Et pourtant, j’aime pas Noël. Je-n’aime-pas-Noël et la double négation me permet de l’affirmer une seconde fois.

Noël, c’est quoi ? La famille ? La paix ? Le p’tit Jésus ? Mais tu rêves, ma pauvre Janique ! Dans une société consumériste comme la nôtre, Noël et son incroyable potentiel économique ne pouvaient pas demeurer une fête familiale simple et empreinte de valeurs chrétiennes dans ce beau pays qu’est la Gaule France (toujours le cul entre deux chaises, celle-là) ! En effet, difficile de concilier l’opulence de nos vitrines avec un dogme chrétien encore trop fortement enraciné dans notre si chère République laïque. Non, il fallait séduire d’autres populations, d’autres âmes hérétiques, celles-là même qui ne fêtaient pas Noël parce que ce n’est pas une tradition culturelle qui leur est familière ou simplement parce qu’ils ne mangent pas de ce pain-là. C’est beau le salad bowl !

Le Père Noël, voilà le fautif. Ce vieil obèse, aviné et pédophilisant se charge – c’est ce qu’on apprend à nos chers bambins, histoire de les convaincre qu’il est tout à fait primordial de travailler dur dans le but ultime de dépenser l’équivalent du PIB de l’Ethiopie en fin d’année, c’est ça aussi l’Esprit de Noël – de distribuer, dans la nuit du 24 au 25 décembre, des cadeaux à tous les enfants (riches) de la planète pendant leur sommeil. Et voilà que tous les mômes réclament leur dû et plus encore, tu penses, ma pauvre ! C’est devenu normal et même obligatoire, sous réserve d’être mis en examen pour mauvais traitements. Comme on mange pour deux, pendant les fêtes, on risque les agios.

Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel occidentalo-capitalo-consumériste qui a récupéré une fête chrétienne comme, avant lui, Rome avait récupéré une fête païenne ? Sous la barbe de Petit Papa Noël se cache donc la société de consommation sournoise mais attrayante qui vous fait vous sentir bien à mesure que vous usez de votre pouvoir d’achat, cette peau de chagrin. Serions-nous les putains consentantes à cette sodomie annuelle  ?

Noël c’est la neige et les illuminations nocturnes. C’est les redifs de Cendrillon destinées, non pas à faire rêver les petites filles qui rêvent déjà des high heels de pétasses endimanchées (exit la pantoufle de vair), mais à réveiller les espoirs endormis de la ménagère de moins de cinquante ans qui a besoin de dreamer un peu après avoir trimé toute l’année comme un forçat. Mais Noël, c’est aussi l’époque du Téléthon, du Sidaction, des calendriers d’éboueurs, pompiers et autres facteurs qui font appel à la charité chrétienne qui sommeille en chacun de nous. Moi, ma charité chrétienne est carrément dans le coma. Quand je veux sourire, c’est mon porte-monnaie qui serre les fesses. Aussi, les effusions soudaines d’émotions – qui apparaissent comme par magie au terme d’une année morne et triste et parce que ça la foutrait mal d’offrir un cadeau à Marie-Chantal (alias Belle-Maman) en tirant la gueule – fleurissent comme la mauvaise herbe sur le pavé usé des plus belles rues de Reims et me donnent la gerbe avant même d’avoir englouti l’énorme boîte de chocolats qu’on ne m’a pas offert. Pourquoi tant  de sentiments dépravés, nom de Dieu !

Et puis, je te le confesse, lecteur indigné et boudiné par les excès de table : Oui, je fais partie de ces bobos insensibles et intolérants qui sont entrés dans la résistance anti-Noël par avarice, cynisme ou pur plaisir de s’asseoir sur des valeurs pseudo-chrétiennes aujourd’hui factices et dont le manque de sincérité  fait résonner vos souhaits les plus sincères dans la vacuité de vos bonnes intentions comme un pet foireux dans une église rurale déserte. Noël, c’est la veine tentative d’une partie de l’humanité de célébrer on ne sait guère quoi au nom d’un dieu chez qui ça sonne occupé. Vous allez vous gaver comme des oies prêtes pour l’abattoir, faux-culs débauchés et audacieux que vous êtes quand vous me lancez les Joyeux Noël ! politiquement correctes qui vous fatiguent les zygomatiques. Moi, c’est vrai, je n’ai pas encore les couilles de faire bande à part et m’en vais donc noyer mes scrupules dans le champagne, récoltant au passage les écus sonnants et trébuchants que Mamie aura soigneusement placé dans une enveloppe à mon nom.

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